L'athéisme n'est pas une guerre contre les religions.
C'est simplement l'absence de croyance en une ou plusieurs divinités.
Il ne donne pas une réponse toute faite aux grandes questions de l'existence.
Au contraire, il invite chacun à construire son chemin à partir de :
* la raison ; * l'expérience ; * l'empathie ; * l'esprit critique ; * la responsabilité personnelle.
Dans l'Ermite Zen, la question essentielle n'est pas seulement :
«« Qu'est-ce que tu crois ? »»
Mais aussi :
«« Que fait cette conviction de toi ? »»
Une croyance, une philosophie ou une religion peut être intéressante à étudier.
Mais sa valeur personnelle peut aussi être interrogée à travers ses conséquences :
Me rend-elle plus libre, plus juste, plus lucide, plus bienveillant ?
Faire le bien uniquement par peur d'une punition ou dans l'espoir d'une récompense me semble moins profond que d'agir justement par compréhension et par compassion.
Une éthique mature ne dépend pas uniquement d'une autorité extérieure.
Elle naît aussi de notre capacité à :
* réfléchir aux conséquences de nos choix ; * reconnaître la valeur des autres ; * assumer nos responsabilités ; * agir même lorsqu'aucune récompense n'est attendue.
Être juste parce que l'on a choisi de l'être est une forme de liberté.
Le bien n'a pas nécessairement besoin d'être récompensé pour avoir de la valeur.
Une religion peut être jugée par son nom, ses textes, ses rites ou son histoire.
Mais on peut aussi poser une autre question :
Que produit-elle chez la personne qui la pratique ?
Une religion, une philosophie ou une conviction peut devenir une force lorsqu'elle encourage :
* la confiance ; * l'espérance ; * la bonté ; * le respect de la conscience des autres ; * le pardon ; * l'humilité ; * le sens du devoir ; * la volonté de progresser ; * le respect de la vie.
Elle devient problématique lorsqu'elle sert au contraire à :
* se croire supérieur aux autres ; * imposer sa vision ; * dominer les consciences ; * justifier la cruauté ; * éviter de remettre ses propres convictions en question ; * faire le bien uniquement par intérêt ou par peur.
Cette idée dépasse donc largement la question de savoir si l'on est croyant ou athée.
Une conviction devrait pouvoir être évaluée aussi par les fruits qu'elle produit.
Cette idée rejoint particulièrement une réflexion de Charles Wagner, dans La Vie simple.
Il propose de reconnaître une religion non seulement à son nom, mais à ce qu'elle produit dans la vie de celui qui la pratique.
«« Votre religion est bonne si elle est vivante et agissante. »»
Pour Wagner, une religion est notamment féconde lorsqu'elle nourrit :
* la confiance ; * l'espoir ; * la bonté ; * le respect de la conscience d'autrui ; * le pardon ; * l'humilité ; * la volonté de devenir meilleur.
À l'inverse, elle perd sa valeur lorsqu'elle devient un moyen de :
* se croire meilleur que les autres ; * dominer leur conscience ; * pratiquer par intérêt ; * s'enfermer dans des querelles de textes ; * justifier son propre égoïsme.
Il termine cette réflexion par une idée particulièrement intéressante :
«« Peu importe son nom. »»
Cette idée peut être appliquée au-delà de la religion.
L'Ermite Zen peut appliquer le même principe à toutes les convictions.
Il peut se demander :
Cette idée me rend-elle meilleur ou pire ?
Augmente-t-elle ma liberté ou ma dépendance ?
M'aide-t-elle à comprendre ou m'empêche-t-elle de questionner ?
Me rapproche-t-elle des autres ou me donne-t-elle envie de les mépriser ?
M'aide-t-elle à reconnaître mes erreurs ou me donne-t-elle toujours raison ?
Une conviction n'est donc pas seulement une proposition intellectuelle.
Elle peut devenir une force qui façonne notre comportement.
On peut croire aux dieux ou ne pas y croire.
On peut pratiquer une religion ou suivre une voie philosophique.
Dans tous les cas, l'essentiel reste la cohérence entre :
* ce que l'on pense ; * ce que l'on dit ; * ce que l'on fait.
Une conviction qui ne transforme jamais notre comportement reste une simple idée.
À l'inverse, une conviction peut être imparfaite intellectuellement tout en pousser quelqu'un vers davantage de bonté, de solidarité ou d'humilité.
Cela ne rend pas automatiquement la conviction vraie.
Mais cela permet de distinguer la vérité supposée d'une croyance et ses effets humains.
L'Ermite Zen défend la liberté de conscience.
Chacun doit pouvoir :
* croire ; * ne pas croire ; * questionner ; * changer d'avis ; * chercher sa propre voie.
La liberté de penser implique aussi de respecter la liberté des autres.
Une conviction devient problématique lorsqu'elle cherche à imposer une vision unique du monde par la contrainte.
L'athéisme ne doit donc pas devenir une nouvelle orthodoxie.
Ne pas croire en Dieu ne donne pas automatiquement raison sur tout le reste.
Ne pas croire ne signifie pas tout savoir.
L'athéisme n'est pas une réponse à toutes les questions :
* Pourquoi l'univers existe-t-il ? * Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien ? * Qu'est-ce que la conscience ? * Quel est le sens de notre existence ? * Que pouvons-nous réellement connaître ?
L'athée peut répondre :
«« Je ne sais pas. »»
Cette réponse n'est pas une faiblesse.
C'est parfois la réponse la plus honnête.
Reconnaître :
* « je ne sais pas » ; * « je peux me tromper » ; * « je dois continuer à apprendre »
est une forme d'humilité intellectuelle.
Être libre de construire sa propre vision du monde.
Juger les personnes sur leurs actes et leur humanité, pas sur leurs croyances.
Respecter les différentes visions de l'existence et privilégier le dialogue.
Ne pas avoir besoin d'un système complexe pour justifier chaque aspect de son existence.
Vivre simplement, penser profondément.
L'absence de croyance en une divinité ne signifie pas l'absence de sens.
Le sens peut être construit à travers :
* les relations humaines ; * la connaissance ; * la création ; * la transmission ; * l'amélioration de soi ; * le respect du vivant ; * la recherche de la justice ; * la liberté.
L'Ermite Zen ne cherche pas nécessairement une vérité venue d'en haut.
Il cherche une manière juste d'habiter le monde.
Une manière simple d'examiner une conviction consiste à regarder ses fruits.
| Question | Réflexion |
|---|---|
| Me rend-elle plus libre ? | Ou plus dépendant ? |
| Me rend-elle plus humble ? | Ou plus convaincu d'être supérieur ? |
| Augmente-t-elle mon empathie ? | Ou mon mépris des autres ? |
| M'aide-t-elle à pardonner ? | Ou à condamner ? |
| M'aide-t-elle à reconnaître mes erreurs ? | Ou à toujours avoir raison ? |
| Me pousse-t-elle à agir ? | Ou seulement à parler ? |
| Respecte-t-elle la conscience des autres ? | Ou cherche-t-elle à la contrôler ? |
| Me rend-elle plus cohérent ? | Ou me permet-elle de justifier mes contradictions ? |
Ce test ne permet pas de déterminer si une croyance est vraie.
Il permet de réfléchir à ce qu'elle produit.
C'est une distinction essentielle.
L'athéisme n'est pas une absence de morale.
C'est la possibilité de construire une éthique sans fondement religieux obligatoire, notamment à partir de la raison, de l'empathie et de la responsabilité.
Mais l'esprit critique doit fonctionner dans les deux directions.
Il faut pouvoir questionner les religions comme il faut pouvoir questionner l'athéisme, la science mal comprise, la philosophie, les idéologies et ses propres certitudes.
La sagesse ne se mesure pas uniquement à ce que l'on affirme croire.
Elle se mesure aussi à la manière dont on vit.
Une conviction peut être interrogée par ses fruits : rend-elle l'être humain plus libre, plus lucide, plus juste et plus humain ?
Charles Wagner — La Vie simple
L'idée essentielle que je retiens de Wagner est simple :
«Peu importe le nom d'une religion ou d'une philosophie : regardons ce qu'elle produit dans la vie de celui qui la suit.»
Et j'applique cette idée à mes propres convictions :
Ne me demande pas seulement si j'ai raison. Regarde ce que mes convictions font de moi.