Inspiration : Le Bernard-l'hermite
Parfois, le problème n'est pas que nous sommes mal adaptés. Le problème est que nous essayons de vivre dans une coquille qui n'a jamais été faite pour nous.
Le bernard-l'hermite est devenu pour moi une métaphore de certaines formes de neurodivergence, notamment de l'AuDHD.
Bien sûr, comme toutes les métaphores, elle a ses limites. Mais je la trouve étonnamment pertinente.
Un crustacé dans une coquille de mollusque
Le bernard-l'hermite n'est pas un mollusque.
C'est un crustacé.
Pour protéger son abdomen, beaucoup plus fragile que le reste de son corps, il utilise une coquille abandonnée par un mollusque.
Vu de loin, on aperçoit une coquille.
On pense spontanément qu'il s'agit d'un mollusque.
Pourtant, à l'intérieur, c'est un tout autre animal.
Il possède des pinces, une carapace, une façon de se déplacer et un fonctionnement complètement différents.
Le masking
Cette image me fait penser au masking.
Certaines personnes neurodivergentes apprennent très tôt à observer les autres.
Elles apprennent les règles implicites.
Comment regarder dans les yeux.
Comment faire du small talk.
Quand sourire.
Quand rire.
Comment réagir dans une réunion.
Comment paraître « normal ».
Comme le bernard-l'hermite, elles utilisent une coquille qui n'a pas été construite pour elles.
Vu de l'extérieur, elles semblent fonctionner comme tout le monde.
Mais leur manière de penser, de ressentir et de traiter les informations reste profondément différente.
Le crustacé ne devient jamais un mollusque.
Il apprend simplement à vivre dans une coquille de mollusque.
Cette adaptation peut être très efficace.
Mais elle demande aussi beaucoup d'énergie.
Une coquille peut protéger… ou devenir trop petite
La coquille est indispensable.
Sans elle, le bernard-l'hermite est extrêmement vulnérable.
Le problème n'est donc pas d'avoir une coquille.
Le problème apparaît lorsqu'elle devient trop petite.
Elle protège toujours.
Mais elle empêche aussi de grandir.
À un moment, continuer à vivre dedans coûte plus cher que le risque d'en changer.
Sortir de sa zone de confort… ou agrandir sa coquille ?
On entend souvent qu'il faut « sortir de sa zone de confort ».
La métaphore du bernard-l'hermite montre que cette phrase ne signifie pas forcément la même chose pour tout le monde.
Imaginons d'abord un mollusque.
Sa coquille fait partie de lui.
Lorsqu'il sort explorer son environnement, il expose temporairement sa partie la plus fragile.
Il prend un risque, découvre de nouvelles ressources, puis peut revenir dans sa coquille lorsqu'il en ressent le besoin.
Sa zone de confort est toujours là.
Pour un bernard-l'hermite, c'est différent.
Sa coquille n'est pas son corps.
Quand elle devient trop petite, il ne suffit pas de sortir quelques instants.
Il doit trouver une nouvelle coquille.
Pendant cette recherche, il est particulièrement vulnérable.
Il expose une partie fragile de son corps.
Mais il montre aussi ce qui fait sa véritable nature.
Ses pinces.
Sa carapace.
Sa façon de se déplacer.
Autrement dit, il révèle ce qu'il est réellement.
Une fois la nouvelle coquille trouvée, il retrouve une protection… mais une protection mieux adaptée à sa croissance.
Pour certaines personnes neurodivergentes, élargir leur zone de confort ressemble davantage à cette recherche d'une nouvelle coquille qu'à une simple sortie temporaire de leur zone de sécurité.
Le but n'est pas de vivre sans protection.
Le but est de trouver un environnement où l'on peut enfin grandir.
Une autre façon de voir la réussite
Pendant longtemps, beaucoup de personnes neurodivergentes pensent qu'elles doivent devenir de meilleurs « mollusques ».
Mieux supporter le bruit.
Mieux supporter les interactions sociales.
Mieux supporter les changements.
Mieux masquer leurs différences.
Le bernard-l'hermite rappelle une autre possibilité.
Et si le problème n'était pas le crustacé…
Et si le problème était simplement que sa coquille n'était plus adaptée ?
Chercher une coquille plus confortable n'est pas un échec.
C'est une stratégie de survie.
Et parfois, c'est aussi la condition nécessaire pour pouvoir enfin s'épanouir.
Ce que cette métaphore m'apprend
Je ne cherche plus à devenir quelqu'un d'autre.
Je cherche simplement à construire une vie compatible avec mon fonctionnement.
Choisir un environnement calme.
Simplifier mon quotidien.
Limiter les sources de fatigue inutiles.
Accepter que ma batterie sociale soit différente.
Prendre soin de mon énergie plutôt que de la dépenser à paraître « normal ».
Le bernard-l'hermite ne gagnera jamais un concours du meilleur mollusque.
Et il n'en a pas besoin.
Il lui suffit de trouver la coquille dans laquelle il pourra vivre, grandir et avancer à son rythme.