«« Ce n’est pas la quantité totale de ressources qui détermine la croissance, mais celle qui manque le plus. »»
La loi du minimum de Liebig vient de l’agronomie. Justus von Liebig a observé qu’une plante ne peut pas se développer correctement simplement parce qu’elle dispose de beaucoup de ressources : sa croissance peut être limitée par un seul élément insuffisant.
Imagine une plante qui dispose de beaucoup d’eau, de lumière et de nutriments, mais manque de phosphore. Ajouter encore de l’eau ou de la lumière ne changera presque rien : le phosphore reste le facteur limitant.
Cette idée dépasse largement l’agriculture.
La loi est souvent illustrée par la célèbre parabole du seau de bois.
Imagine un seau constitué de plusieurs planches de hauteurs différentes. Chaque planche représente une ressource ou une dimension de notre vie.
Le niveau maximal d’eau que le seau peut contenir est déterminé par la planche la plus basse.
Augmenter toutes les autres planches ne permet pas de mettre davantage d’eau dans le seau tant que la plus basse reste inchangée.
De la même manière, travailler énormément une capacité déjà forte peut avoir beaucoup moins d'effet que de renforcer le maillon qui limite actuellement l'ensemble.
Nous avons naturellement tendance à améliorer ce que nous aimons déjà faire.
On peut devenir encore meilleur en informatique, apprendre encore une nouvelle langue, développer davantage sa force ou accumuler toujours plus de connaissances.
Mais si notre énergie est insuffisante, si notre mobilité limite nos possibilités physiques ou si notre esprit critique est défaillant, ces améliorations peuvent avoir un rendement limité.
La question intéressante devient alors :
« Qu'est-ce qui limite actuellement le reste ? »
Ce n'est pas forcément notre plus gros défaut.
C'est le facteur qui, s'il progressait suffisamment, permettrait aux autres dimensions de mieux s'exprimer.
Dans l'Ermite Zen, les six dimensions ERMITE représentent différentes étapes du travail sur soi.
* Énergie : développer l'endurance, le cardio, la respiration et la capacité à disposer d'énergie. * Résistance : développer la force physique, le gainage et la capacité à produire un effort. * Mobilité : développer la souplesse, l'équilibre, la coordination et la liberté de mouvement. * Intellect : développer la mémoire, l'apprentissage, les connaissances, les langues et la compréhension. * Technique : développer la logique, les mathématiques, l'informatique, l'organisation et la résolution de problèmes. * Esprit : développer l'introspection, l'esprit critique, le recul, la philosophie et la compréhension de soi.
Ces dimensions ne sont pas simplement une liste de compétences à collectionner.
Elles suivent une progression logique du travail sur soi :
Énergie → Résistance → Mobilité → Intellect → Technique → Esprit
On part des conditions physiques permettant d'agir, puis on développe les capacités du corps, sa liberté de mouvement, les capacités intellectuelles, leur mise en application et enfin la capacité à prendre du recul sur soi-même et sur le monde.
La loi du minimum invite à ne pas chercher à progresser simultanément dans toutes les dimensions.
Si l'Énergie est actuellement le facteur limitant, améliorer encore sa Technique ne changera peut-être pas grand-chose à la capacité globale d'agir.
Si la condition physique est suffisante mais que l'on ne sait pas organiser son environnement, travailler davantage sa Résistance ne résoudra pas nécessairement le problème.
Si les connaissances sont nombreuses mais que l'esprit critique est faible, accumuler encore davantage d'informations peut même renforcer certaines erreurs.
Le facteur limitant dépend donc du contexte.
Une dimension dans laquelle on est moins bon n'est pas nécessairement celle qu'il faut travailler.
On peut avoir un niveau faible en histoire sans que cela limite réellement sa vie quotidienne.
À l'inverse, une capacité relativement moyenne peut devenir déterminante dans une situation donnée.
Le but n'est donc pas de rendre les six planches parfaitement égales.
Le but est de repérer la planche qui empêche actuellement le seau de monter davantage.
De temps en temps, poser trois questions :
- Qu'est-ce qui me limite actuellement ? - Dans quelle dimension ERMITE se trouve ce facteur limitant ? - Quelle est la plus petite action permettant de relever cette planche ?
Puis pratiquer cette action.
Pas besoin de tout réparer.
On relève d'abord la planche la plus basse.
Une fois qu'elle n'est plus limitante, une autre peut devenir la nouvelle priorité.
La loi du minimum invite ainsi à abandonner une logique de perfectionnement permanent.
Il ne s'agit pas de devenir excellent partout.
Il s'agit de maintenir suffisamment haut chaque dimension pour que l'ensemble puisse fonctionner librement.
L'Ermite Zen ne cherche donc pas à remplir son seau de connaissances, de muscles, de techniques ou d'expériences.
Il cherche à identifier ce qui l'empêche actuellement d'avancer.
«Ne cherche pas toujours à ajouter. Cherche d'abord ce qui bloque.»
C'est une forme de simplicité :
Ne pas tout améliorer. Chercher ce qui limite. Agir juste assez pour débloquer. Puis recommencer.
«Le progrès n'est pas toujours l'augmentation du sommet. Parfois, c'est simplement le relèvement du point le plus bas.»