Xinxin Ming (信心銘) : la confiance dans l'esprit

La grande Voie n'est pas difficile. Ce qui la rend difficile, c'est notre esprit qui s'accroche et oppose.

Le Xinxin Ming (信心銘, *Hsin Hsin Ming* selon l'ancienne romanisation) est l'un des textes fondamentaux du bouddhisme Chan (Zen chinois).

Il est traditionnellement attribué à Sengcan (僧璨, Sōsan en japonais), troisième patriarche du Chan, qui aurait vécu au VIᵉ siècle.

Le titre signifie littéralement :

« Inscription sur la confiance dans l'esprit »

ou :

« Poème de la confiance dans l'esprit originel »

Ce texte court mais profond explore une idée centrale du Zen :

La souffrance vient moins des choses elles-mêmes que de notre manière de nous y accrocher.

至道無難 唯嫌揀擇 但莫憎愛 洞然明白

Zhì dào wú nán Wéi xián jiǎn zé Dàn mò zēng ài Dòng rán míng bái

La grande Voie n'est pas difficile,
Elle demande seulement d'éviter les choix et les préférences.
Ne t'attache ni à l'amour ni à la haine,
Alors elle apparaîtra clairement.

La vérité profonde n'est pas compliquée.

Ce qui nous éloigne d'elle, ce sont nos divisions intérieures :

  • j'aime / je déteste ;
  • je veux / je refuse ;
  • j'ai raison / tu as tort ;
  • ceci est bien / ceci est mauvais.

Lorsque l'esprit cesse de s'accrocher à ses préférences, il retrouve naturellement sa clarté.

Le texte ne demande pas d'arrêter de penser.

Il invite plutôt à ne pas devenir prisonnier de ses pensées.

Nos pensées sont des outils.

Elles deviennent un problème lorsqu'elles deviennent notre maître.

Le sage utilise son esprit sans être dominé par lui.

L'être humain classe naturellement le monde :

  • agréable ou désagréable ;
  • avantageux ou dangereux ;
  • ami ou ennemi.

Cette capacité est utile pour survivre.

Mais lorsque nous nous identifions complètement à ces jugements, nous perdons notre liberté intérieure.

Observer sans réagir immédiatement permet de retrouver de la clarté.

Une émotion est réelle.

Une pensée est une interprétation.

Une peur est un signal.

Mais aucune n'est forcément une vérité absolue.

Le Xinxin Ming invite à regarder l'esprit lui-même.

Le monde fonctionne avec des différences :

  • jour et nuit ;
  • repos et activité ;
  • force et faiblesse.

Mais les oppositions deviennent sources de souffrance lorsqu'elles deviennent des combats permanents.

La non-dualité ne signifie pas que tout est identique.

Elle signifie que les choses appartiennent à un ensemble plus vaste.

Le Zen ne prône pas l'inaction.

Il propose une action libérée de l'agitation intérieure.

Faire ce qui doit être fait sans être paralysé par :

  • la peur ;
  • l'ego ;
  • le besoin de reconnaissance ;
  • le besoin d'avoir raison.

Le Xinxin Ming rejoint la recherche de simplicité.

Retirer :

  • le bruit mental ;
  • les conflits inutiles ;
  • les attachements excessifs.

Pour retrouver l'essentiel.

L'esprit critique ne consiste pas uniquement à analyser les idées des autres.

Il consiste aussi à observer ses propres certitudes.

La question n'est pas seulement :

« Est-ce que les autres ont tort ? »

Mais :

« Est-ce que ma vision correspond réellement à la réalité ? »

La force intérieure n'est pas l'absence d'émotion.

C'est la capacité à choisir sa réponse.

La colère peut apparaître.

La peur peut apparaître.

Mais elles ne doivent pas forcément prendre le contrôle.

Le Xinxin Ming n'est pas une règle à appliquer parfaitement.

C'est une direction.

Chaque fois que l'on remarque un attachement inutile, une réaction automatique ou un jugement excessif, on progresse.

Le Xinxin Ming rejoint plusieurs idées stoïciennes :

  • distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas ;
  • ne pas être esclave de ses émotions ;
  • accepter la réalité avant d'agir.

Le stoïcien et le sage zen ne cherchent pas à contrôler le monde entier.

Ils cherchent à maîtriser leur relation au monde.

Le Xinxin Ming partage une idée avec le Tao de Jeet Kune Do :

Ne pas devenir prisonnier d'une forme.

Bruce Lee appliquait cette idée au combat :

« La forme sans forme. »

Sengcan l'applique à l'esprit :

Ne pas être enfermé dans ses concepts.

« Le conflit entre le pour et le contre est la maladie de l'esprit. »

Le Xinxin Ming enseigne une liberté intérieure :

Ne pas supprimer ses pensées.

Ne pas supprimer ses émotions.

Mais apprendre à ne plus être dominé par elles.

La grande Voie n'est pas cachée.

Elle apparaît lorsque l'esprit cesse de lutter contre lui-même.


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